“Faire du numérique une chance pour la jeunesse.” Voici un objectif louable, souhaitable, même, annoncé dans la “Feuille de route du Gouvernement sur le numérique“. Des buts et des dates butoirs sont définis, pour obtenir des diplômes nationaux via des formations en ligne, former 3000 jeunes par an aux métiers du numérique, former 150 000 enseignants aux usages pédagogiques du numérique… A l’heure où le Syntec crie famine, et où l’UE encourage ses membres à former des informaticiens, cela paraît de bon aloi.
Mais cela va-t-il assez loin ? Dans un billet, le délégué général de la Fondation Internet Nouvelle Génération met en exergue deux éléments cruciaux : d’une part, les outils pédagogiques numériques ne sont envisagés que comme de simples transpositions des outils séculaires (tableau, manuel, ardoise…), d’autre part, Internet est encore vu comme “un monstre qu’il faut dompter, plutôt qu’un potentiel à saisir”.
A cela, on pourrait ajouter que si l’ambition est de sensibiliser les jeunes au numérique, cela relève d’une vision quelque peu naïve de la jeunesse, mais surtout restreinte du secteur du numérique : prévenir les jeunes contre les dangers d’Internet, leur montrer comment créer manuellement un sommaire dans un éditeur de texte, et leur expliquer que le numérique va créer plein d’emplois (sans aborder avant au mieux la Terminale en quoi le métier d’informaticien qu’on envisage ainsi pour eux peut consister…), montre un décalage certain avec la mutation industrielle initiée avec le numérique.
Mais ce décalage est partout, soyons honnête. Regardons par exemple la place consacrée dans les journaux économiques ou généralistes à l’industrie pétrolière par rapport à l’industrie numérique. Inutile de faire un dessin : on informe les Français sur les grands groupes pétroliers, mais très peu sur IBM et Microsoft, encore moins sur SAP, Oracle, Capgemini ou Atos. Pourtant, au regard des dépenses, cela ne devrait pas être le cas. Qu’on en juge : la facture pétrolière de la France (consommation des ménages et des entreprises) l’année dernière a été de 50 milliards d’Euros (source : Commissariat général au Développement durable) ; or ce chiffre correspond à la dépense IT (logiciels, matériels et services) des seules entreprises françaises.
Si on souhaite vraiment développer cette industrie en France – et donc faire en sorte que nous ne soyons pas uniquement des consommateurs ou des intégrateurs de produits américains – cela passe par une révision complète des méthodes pédagogiques à l’aune de ce que le numérique permet aujourd’hui. Donnons, comme le préconise par exemple l’Institut Montaigne dans son appel à un “New Deal” numérique, les moyens aux enseignants d’utiliser véritablement les outils actuels, d’initier des projets d’expression et de collaboration, et pourquoi pas de développement et de design. Montrons, dès l’école, que les ordinateurs et Internet ne sont pas seulement des outils de consommation, mais aussi d’échange et de production. L’investissement demandé est faible, puisqu’il s’agit surtout de revoir l’approche méthodologique, mais nécessaire à l’éclosion d’une nouvelle génération créatrice d’idées et de valeur.









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